Asger Jorn à Silkeborg
Asger Jorn à Silkeborg
ASGER JORN
à Silkeborg
Le Musée d’un peintre
Silkeborg Kunstmuseum
Asger Jorn: Origines et chemins de l’unité
L’art de « Cobra » se distingue des autres tendances de son époque par son point de départ, qui représente une nouvelle optique de l’art abstrait. On peut dire que c’est un art abstrait qui ne croit pas à l’abstraction. La prise de conscience de cette nouvelle optique est exprimée d’une façon nette et précise dans l’étude « Symboler i abstrakt kunst » du peintre danois Vilhelm Bjerke Petersen, où il démontre pour la première fois, d’une façon originale, le contenu symbolique des abstractions. Ainsi l’idée de l’abstraction comme but pictural était définitivement compromise. D’où Bjerke Petersen tenait-il ces idées? De l’ancien Bauhaus par lequel il avait passé juste avant que les nazis ne le détruisent. Au point de vue arrangement et mise en page, le livre était une nouvelle œuvre dans la série des « Bauhausbücher » qui contiennent des théories de Mondrian, Van Doesbourg, Malevitch, Klee, Kandinsky, etc. Dans le contenu, la suite évidente que l’on pouvait prévoir était un nouveau développement à partir du moment où l’on aurait adopté la nouvelle psychologie freudienne et les résultats du développement surréaliste à Paris, si le développement n’avait pas été si brusquement arrêté.
La grand développement artistique au Danemark, à partir du livre de Bjerke Petersen en 1933, et jusqu’ à la fin de la guerre, est ainsi inséparable de l’événement politique qui paralysait la vie culturelle en Allemagne pendant la même époque. Mais la nouvelle optique n’était pas établie par ce livre. Un long développement contradictoire devait avoir lieu avant que tous les éléments nécessaires à cette optique soient trouvés. Bjerke Petersen n’était même pas conscient de l’originalité révolutionnaire de son œuvre. Il s’opposait à ces idées deux ans après en joignant les idées de Breton avec une nouvelle théorie nommée surréalisme. Mais des artistes comme Richard Mortensen et Ejler Bille, inspirés par les premières idées, refusaient de les réviser et excluaient Bjerke Petersen de « Linien », le groupe artistique formé sur la nouvelle base. Ce développement attirait dans les années suivantes plusieurs nouveaux artistes, et un nouveau bouleversement se préparait avec la méthode du colorisme spontané de Egill Jacobsen. L’attachement à l’abstraction chez Richard Mortensen le mettait de plus en plus en opposition contre cette nouvelle tendance, et en 1939 la rupture était inévitable. L’époque « Linien » était terminée, une nouvelle époque à plusieurs tendances ou lignes commençait autour de la revue « Helhesten », cependant que Richard Mortensen participait à la fondation de la revue « Aarstiderne », comme Bjerke Petersen en 1937 opposait à « Linien » la revue surréaliste « Konkretion ».
Avec la fin de la guerre, la situation privilégiée des artistes danois était terminée. L’ajustement à la situation internationale créait une nouvelle crise. Le langage que le mouvement néerlandais « de Stijl » avait avec tant d’évidence imposé aux formes de l’ancien Bauhaus était déjà usé à fond dans son pays natal, et c’est avec une compréhension immédiate de son bouleversement que quelques artistes hollandais se réunissaient dans le groupe « Reflex » en 1947, pour tirer les conséquences extrêmes du développement danois, en rapport avec ces prédispositions. Ce fut un nouvel éclat qui créa de nouvelles ruptures entre les Danois, certains joignant le nouveau développement et fondant le « Cobra », d’autres s’y refusant. La mèche avait brûlé jusqu’ à la charge, l’explosion ent lien à l’exposition de «Cobra » à Amsterdam, en 1948. Personnellement, je ne fus pas directement impliqué dans les développements préparatoires en Allemagne et au Danemark. Je quittai ma petite ville de province en 1936 pour aller directement à Paris, et commencer à être artiste. Je savais que Kandinsky était là, et m’étais imaginé qu’il avait une école. Mais il n’était même pas capable d’obtenir une exposition particulière de ses tableaux avant sa mort, et ainsi j’allai à l’académie de Fernand Léger, ce qui avait l’avantage de me forcer à revoir les choses d’une façon toute nouvelle, de m’adapter l’optique française. Ce qui m’a laissé par la suite la possibilité de voir tout le développement ici exposé avec un certain détachement. C’est en tout cas ce que je crois. Aux autres d’en juger.
L’ancien Bauhaus avait montré qu’un nouveau développement artistique pouvait avoir une conséquence technique, ce qui était déjà la thèse de base de Ruskin et Morris. L’ancien Bauhaus avait absorbé les résultats artistiques du groupement « Der blaue Reiter » et du groupe « De Stijl », en les exploitant sans rendre rien aux artistes. C’était un exploit qui était en même temps presque une liquidation. Il est significatif que l’unique peintre doué d’une efficacité révolutionnaire, qui avait été en rapport direct avec l’ancien Bauhaus n’était pas un peintre, mais un photographe qui ensuite, à Paris, devait devenir le peintre Wols.
Ce développement désastreux qui reflétait bien des développements antérieurs aussi inconscients sur les rapports entre l’art et la technique, faisait nettement sortir le contour d’une structure déterminée, qui imposait la probabilité d’une répétion pareille pour la nouvelle révolution artistique. Mais cette prise de conscience pouvait en même temps servir pour trouver une méthode susceptible d’éviter cette suite en établissant une corrélation entre développements artistique et technique simultanément. Ceci facilité par le fait que le va-et-vient se montrait accéléré en vitesse, au point que la réaction était déjà en préparation simultanément avec l’action même.
Ce programme était déjà proposé et expliqué dans une étude sur le style et l’ornement que j’avais publié dans la revue d’architecture « Forum », en Hollande, en 1947.
Le but de l’activité pour un Bauhaus imaginiste, ici expliquée, était l’établissement de cette méthode-tactique, ou si l’on veut l’exprimer sincèrement technique. En appliquant à l’art une technique, même si le but est anti-technique, on arrive peut-être à une trahison, ou une négation, de l’art libre. Mais je ne vois aucun chemin pour échapper à cette nécessité. Je ne crois pas que la puissance artistique va succomber dans ce changement de conditions, mais je suis convaincu que dans le cas où rien ne serait fait, l’art cesserait d’exister, et l’homme avec, dans le sens où nous avons ici accepté en fin de compte le mot existence, comme l’expression d’une situation.
Avec la fondation du Groupe Expérimental Reflex, en Hollande, en 1948, s’est formé pour la première fois dans l’historie de l’art un mouvement sur une base dont l’importance pendant la guerre (surtout au Danemark) s’était révélée primordiale : une base expérimentale.
H. L. C. Jaffe prétend dans son livre « De Stijl » que la rupture entre Mondrian et Van Doesburg était provoquée par l’implication de la méthode expérimentale dans le système de ce dernier en 1923. Il cite à ce propos une déclaration de Van Doesburg, Van Eesteren et Rietveld : « Par notre travail collectif, nous avons examiné l’architecture comme une unité plastique de tous les arts et cette conclusion doit entraîner un nouveau style. Nous avons examiné les lois de l’espace (..) et nous avons trouvé que toutes les variations d’espace peuvent être gouvernées comme une unité équilibrée ». Mais examiner et trouver, c’est de l’empirisme, et leur conclusion sur l’apparition d’un nouveau style est directement anti-expérimentale. Le refus de Gropius d’accepter cette prophétie, au contraire, est nettement fondé sur une conception expérimentale du développement stylistique. Cela n’empêche pourtant pas que le dynamisme spirituel de Van Doesburg eût pu l’amener à une véritable conception expérimentale de la stylistique, si Gropius avait offert une collaboration à ce sujet dans l’ancien Bauhaus au lieu de refuser toute discussion sur ce problème. Mais tous les développements demandent du temps, et le temps qui est passé depuis la fondation de 1’ « Internationale des Artistes Expérimentaux », de « Cobra », n’a pas encore rendu l’opinion plus nettement favorable à une discussion sur ce sujet. A la même époque où le groupe de « Cobra » s’efforçait d’atteindre le stade expérimental de l’art, un groupe et presque un climat artistique surgissait à Paris, surtout dans le domaine littéraire et cinématographique, en pleine élaboration d’une sémantique expérimentale, sous le nom de lettrisme. Il est significatif que dans notre époque avide des plus minimes fausses nouveautés, ce bouleversement qui se faisait en excluant le mot art du vocabulaire, en le remplaçant par l’action expérimentale, ait pu passer sans que l’on envisage jamais son importance. Les troubles du comportement de Saint-Germain-des-Prés étaient jugés comme des excès hasardeux, sans que l’on se soit rendu compte qu’une pareille fermentation ne peut s’achever sans qu’il se passe quelque chose.
(Asger Jorn : Pour la forme, Paris 1957, pp. 131-132.)
Asger Jorn: Banalités intimes
Le goût, ça s’hérite.
La hyène vit une vie bien laide.
Johannes Holbek
Il est typique de celui qui a perdu les liens avec ce qui est fondamental dans l’art, d’avoir perdu également le sens de ce qui est banal. Je ne veux dire par là la capacité de voir la banalité, capacité qui se développe au contraire d’une manière maladive. J’entends la capacité de comprendre la valeur artistique de la banalité, son importance capitale pour l’art. Il existe une multitude de banalités anonymes dont l’actualité s’étend sur des siècles et qui dépassent toutes réalisations géniales de nos soi-disant grandes personnalités. En examinant la question de plus près, on s’aperçoit qu’elles ont le mérite même d’avoir la capacité de saisir les banalités.
L’oeuvre d’art grandiose, c’est la banalité parfaite. Et ce qui manque à la plupart des banalités, c’est de ne pas être suffisamment banales, c’est de ne pas être infinies dans leur profondeur et dans leur logique, c’est de reposer sur un fondement mort de spiritualisme et d’esthétique. Ce qu’on appelle le naturel, c’est la banalité libérée, le commun ou l’évident, sans qu’on ait essayé de la marquer de l’empreinte de la rareté. Il est important de souligner que le fondement de l’art repose sur le perpétuel commun, le facile et le bon marché qui se révèlent en réalité être nos biens les plus chers et les plus indispensables.
Ce n’est qu’à Paris qu’on peut trouver autant de mauvais goût, et c’est précisément la raison pour laquelle c’est l’endroit où vit encore l’inspiration de l’art.
Il y a par exemple aussi une force directe symbolique dans les mots
Dites-le
avec des fleurs
qui fait de ce poème un des piliers de la lyrique danoise. Ce poème ressemble à une botte usée, de très bonne confection et, dans le domaine musical, on ne peut que le comparer aux orchestres d’amateurs qui jouent faux.
L’une des plus grandes prouesses musicales d’aujourd’hui est d’être capable de jouer faux. On recherche le renouveau musical dans l’orgue de Barbarie et les grammophones bon marché, qui en sont le fondement.
Ma plus belle expérience musicale, je l’ai eue dans une petite ville de province où les autochtones avaient soudain été saisis d’une envie absolument captivante de jouer sur des petites flûtes enchantées en celluloïd. On était comme ensorcelé par ce petit instrument qui pouvait émettre des trilles fluettes et perçantes, montantes et descendantes. On en jouait partout dans la ville, le jour et la nuit, et seulement cela, des trilles montantes et descendantes. Chaque garçon, chaque fille, les hommes et les femmes, et même les vieillards vénérables de la ville avaient, cachée dans leur poche, une petite flûte de Pan qu’ils sortaient lorsqu’ils se croyaient seuls, pour boire quelques trilles de cette captivante merveille. Ceux dont les fibres intérieures s’étaient brisées souffraient de ce bruit auquel ils restaient étrangers. On envoyait des lettres aux journaux et on tenait des discours pour lutter contre le « vacarme » comme on l’appelait - mais en vain.
Ce ne fut qu’à partir du moment où des habitants influents de la ville obtinrent de la police qu’elle intervienne contre ceux qui répandaient le désordre, qu’elle interdise la vente des flûtes et qu’elle arrête tous ceux qui se trouvaient en possession du fameux petit appareil en celluloïd, que la grande angoisse, de nouveau, très lentement, reprit la population de la petite ville. On put alors revenir aux dépressions normales si précieuses pour le calme et pour la sérénité de la société.
J’ai de nombreux témoins qui pourraient garantir la véracité de cet événement mais, à ce que je sache, personne n’en a encore examiné les causes.
Jens August Schade me semble être le seul poète danois qui saisisse vraiment les valeurs élémentaires créées et exploitées par l’homme dans la banalité. Le seul qui, de manière conséquente, fonde son art sur cette substance vitale et qui parvient si bien à la libérer que sa poésie continue de croître tout en se renouvelant de l’intérieur à l’usage répété — comme les contes de Hans Christian Andersen.
Ceux qui essaient de lutter contre la production des beaux tableaux peinturlurés, léchés, sont les ennemis du meilleur art aujourd’hui. Ces lacs dans les forêts et ces cerfs bramant dans mille salons tendus de papier peint marron à dorures représentent une des sources d’inspiration artistique les plus profondes, et il est toujours un peu fatigant de voir des gens peiner pour scier la branche sur laquelle ils sont assis.
Les enfants qui aiment les images d’Epinal et qui les collent dans des livres qui portent l’inscription
ALBUM
donnent plus d’espoir aux artistes que ne le font divers critiques d’art et directeurs de musées. On entend de nombreux maîtres d’école se plaindre du fait que les enfants lorsqu’ils atteignent leur douze ans s’arrêtent de faire de beaux dessins. Ils devraient au contraire se réjouir de cette évolution car c’est une condition de la prise de conscience de l’homme. Je voulais essayer de présenter les choses bon marché qui nourrissent l’art. Les choses bon marché, ce sont les choses du pays le plus bas qui a été décrit par Gustaf Munch-Petersen et je ne veux pas m’abstenir de reproduire ce poème tel quel:
ô l’immense bonheur
l’immense bonheur qu’ont eu
ceux qui sont nés dans le pays le plus bas -
partout vous les voyez
qui marchent
qui s’aiment
qui pleurent
ils sont partout
mais
dans leurs mains
ils portent les petites choses
qui viennent du pays le plus bas -
ô plus immense que tous les pays
plus exquis que tous
est le pays le plus bas -
dans les hauteurs
la terre se transforme en une lance -
et en bas
le sang lourd et vivant
s’enfonce et pénètre
dans le pays le plus bas
des petits pieds précautionneux
des membres grêles
et l’air est pur
sur les chemins montants -
chez ceux qui sont nés sous le ciel
dans des artères fermées
brûle la nostalgie -
ô vous devriez
vous devriez aller au pays le plus bas - !
ô vous devriez
vous devriez voir le peuple
du pays le plus bas
où le sang coule entre tous -
hommes -
femmes -
enfants -
où la joie et le désespoir et l’amour
lourds et mûrs
lancent leurs feux multicolores à la terre -
ô terre qui est aussi secrète qu’un front
dans le pays le plus bas -
partout vous les voyez
qui marchent
qui s’aiment
qui pleurent -
leurs visages sont fermés
et sur le côté intérieur de leur âme
il y a de la terre
de la terre du pays le plus bas
Si l’on essaie de comprendre la situation de l’art aujourd’hui, il faut également essayer de comprendre les conditions qui ont déterminé l’évolution de notre intuition de l’art et notre notion de la relation à l’homme et à la société. L’artiste participe activement à la lutte pour que soit approfondie cette connaissance qui est nôtre de notre fondement vital, ce fondement qui pour lui rend possible une création artistique. La zone d’intérêt de l’artiste ne se laisse pas limiter à ce seul domaine cependant, il doit rechercher la prise de conscience ultime du tout et de ses détails. Rien n’est sacré pour lui car tout lui est devenu important.
Il ne peut en aucune manière s’agir d’un choix mais au contraire de pénétrer dans tout le système cosmique des lois qui régissent les rytmes, les énergies et la substance qui font la réalité du monde, et cela du plus laid au plus beau, tout ce qui a un caractère et une expression, que ce soit le plus grossier et le plus brutal ou le plus fin et le plus tendre, tout ce qui nous parle parce que c’est la vie même. Et pour tout exprimer il faut tout connaître.
On supprime le principe esthétique. Nous ne sommes pas désillusionnés parce que nous n’avons pas d’illusions. Nous n’en avons pas eues.
Ce que nous possédons, et qui représente notre force, c’est que la vie nous met en joie, c’est que la vie dans tous ses aspects amoraux éveille notre intérêt. Et c’est cela aussi qui représente le fondement de l’art d’aujourd’hui. Nous ne connaissons même pas les lois de l’esthétique et cette vieille idée que l’on se fait du choix selon un principe du Beau et du Laid, comme étant ce qui est noble ou déméritoire sur le plan de l’éthique, est morte pour nous, nous pour qui le Beau est laid aussi et pour qui tout ce qui est laid possède aussi du Beau.
Derrière la comédie et la tragédie, nous ne trouvons que les drames de la vie qui les relient l’une à l’autre, non pas des héros nobles et des perfides scélérats mais simplement des hommes.
Nous savons que celui qui lit des histoires de criminels lit quelque chose à propos de lui-même. Il n’existe pas de belles danses et de beaux gestes, seule l’expression existe, et ce qu’on appelle beau n’est que l’expression de quelque chose. Notre musique n’est pas inesthétique car elle n’a rien à voir avec la notion d’esthétique. Nous ne reconnaissons pas l’existence de l’architecture. Il n’existe que des maisons et des sculptures. Des machines à habiter et de l’énorme plastique. La cathédrale de Cologne n’est qu’une sculpture magique vide dont le but est purement psychologique - alors qu’un verre de bière, c’est de l’architecture.
Il n’existe pas des styles différents et ils n’ont jamais existé. Le style est l’expression d’une contenu bourgeois et on appelle goût ses diverses nuances.
La distinction absolue entre la sculpture et la peinture n’existe pas. On ne peut isoler aucune expression artistique en se fondant sur sa forme car il s’agit uniquement de moyens différents que l’on met en oeuvre dans un but artistique commun. Le papier de verre et l’ouate sont des moyens d’expression tout aussi nobles et tout aussi utilisables que la peinture à l’huile et le marbre. Il s’agit là de lignes d’orientation qui visent à régler son compte à la conception bourgeoise de l’art.
Il est banal de vouloir en finir avec l’idéalisme en tant que philosophie, mais cela touche aussi à quelque chose de central dans l’art et c’est son contenu vital même.
Ce qu’il faut comprendre c’est qu’il est impossible de distinguer entre la forme d’un tableau et son contenu. La structure de la fleur lui est donnée par sa tension intérieure (elle se fane lorsqu’elle perd son suc), et il en va de même pour l’art. C’est le contenu qui crée sa tension. La forme et le contenu sont de nature identique. La forme, c’est le phénomène vital et le contenu le tableau vivant.
Le contenu du tableau reflète ce que contient le peintre. Il révèle ce qu’il a pu pressentir de lui-même et de son temps, ce qu’il a pu appréhender par l’esprit et le coeur. Il révèle la profondeur de son expérience.
Nous ne pouvons hériter ni d’une conception de la vie ni d’une conception de l’art immuables, constants, de la génération précédente. L’expression artistique change avec les époques, tout comme le font nos expériences, et une nouvelle expérience crée une nouvelle forme.
Nous voulons bien apprendre tout ce que des générations précédentes peuvent nous apprendre, mais nous sommes maîtres de décider de nos besoins nous-mêmes. Personne ne peut effectuer le choix pour nous. Il n’est pas de notre devoir de recevoir le legs de la génération précédente et de le façonner selon leur désir. C’est au contraire son devoir à elle de nous aider là où nous avons besoin d’aide.
Le problème qui est traité ici de manière tentative est de nature si intime que tout homme est concerné. Personne ne peut en dérober son individualité. Le spectateur n’existe et ne peut pas exister aujourd’hui.
(« Helhesten », I, 2, Copenhagen 1941, pp. 33-38. Traduit par Hanne Martinet.)
Troels Andersen: Les collections d’Asger Jorn à Silkeborg
Les collections d’Asger Jorn au Musée d’Art de Silkeborg remontent à 1953. Il travaillait à cette époque dans un petit atelier de céramique dans le village de Sorring près de Silkeborg. Le musée avait versé à l’atelier de céramique une modeste somme pour le paiement des frais de Jorn et obtenu en échange l’autorisation de choisir un certain nombre de travaux lorsque ceux-ci seraient terminés. A l’occasion de cet achat, Jorn donna quelques dessins, des eaux-fortes et des lithographies. Puis il promit, qu’à l’avenir, il ferait don au musée de ses propres travaux et qu’il lui remettrait également les cadeaux offerts par ses amis.
En 1958, Jorn commença systématiquement à collectionner les oeuvres de ses contemporains en Europe et des artistes dont le travail représentait une source d’inspiration pour lui. Vers la fin de cette année s’ouvrit l’exposition « Nouvel Art International », avec une centaine d’oeuvres. Dans son introduction, Jorn exprime quelques-unes des idées qu’il avait concernant ces collections, dont l’expansion et le choix de sujets sont uniques en Europe. Il ne cherchait pas à créer une « orientation générale sur l’art le plus moderne, pas plus qu’une collection de chefs-d’oeuvres précieux, mais en grande partie des travaux graphiques bon marché, et seules quelques rares oeuvres font partie des travaux de premier plan. Cette petite collection est plutôt envisagée comme une provocation que comme une expression de ma reconnaissance envers la vie artistique danoise. Comment et pourquoi, c’est une question à laquelle chaque personne interessée par l’art en Scandinavie, doit, elle-même, répondre.
Les pièces d’une musée sont des souvenirs, et selon moi, celles-ci appartiennent à mon époque. Le temps démontrera si elles sont autre chose, et plus que des souvenirs. Ce fut Frederik Dam qui me donna ma première impression, ineffaçable, sur la grandeur dans l’art moderne danois. J’y vis mon univers. C’etait à Silkeborg en 1933. (-) Aussi longtemps qu’il a vécu, il a été mon marchand d’oeuvres d’art. Ce fut lui qui, en 1938, organisa ma première exposition, en compagnie du peintre français Pierre Wemaëre.
Durant une de mes nombreuses crises économiques, il se chargea des toiles de Fernand Léger, exposées ici, que mon maitre m’avait offertes. Léger m’avait donné quelques gouaches que j’avais l’intention de reproduire dans « Politikens Magasin », accompagnées d’une description du travail effectué pour la grande toile de Léger « Le transport des Forces », destinée au Palais de la Découverte pour l’Exposition Internationale de 1937. Elles ne furent jamais reproduites et il fut impossible de les vendre malgré les recommendations les plus chaudes de la part de Lundstrøm et de Poul Henningsen. Plus tard elles disparurent.
Les toiles dont Dam s’était chargé n’étaient pas destinées à la reproduction. Elles n’étaient même pas signées car Léger ne les aimait pas. Il me les donna un jour où je n’avais rien sur quoi peindre et qu’il était lui-même aparemment désargenté. Revenu chez moi, je fus incapable de les utiliser comme toile. Je les trouvais trop bonnes.
C’est d’ailleurs Léger que m’a offert le roman de Franz Kafka « Le Château » et c’est ainsi que je découvris cette grande oeuvre littéraire, qui n’aurait pas existée aujourd’hui si l’ami de Kafka, Max Brod, avait suivi ses instructions et brûlé les manuscrits. Il est difficile de trouver deux façons de comprendre l’art qui soient aussi éloignées l’une de l’autre que celle de Fernand Léger et celle qui caractérisait des élèves comme Pierre Wemaëre et moi-même. Ce que Léger méprisait et combattait à travers ses toiles, la tonalité des couleurs, la pureté du matériel, et le caractère personnel du coup de pinceau, tout ce qu’il détestait comme la peste et éliminait, lorsque cela lui était possible, tout cela fut la base de ma forme artistique. Est-il si bizarre que ce que j’aime le plus dans les toiles de Léger, ce soit ce que lui n’aimait pas. Nombreux connaisseurs partagent d’ailleurs mon opinion. Mais c’est peut-être un signe du temps. Pour Léger, le fait de peindre une toile représentait un processus mécanique, qui pouvait très bien être exécuté par un disciple, à condition, bien sûr, qu’il soit très discipliné. Mais lorsque mes propres besoins dépassaient le cadre du dressage, il m’accablait impitoyablement d’injures. Cette classique utilisation des disciples s’accordait parfaitement avec sa conception du travail social d’un artiste. Bien qu’antireligieux, il dut accomplir de bons travaux pour l’église. J’ai peu à peu acquis le respect le plus profond pour sa conduite artistique, bien que celle-ci soit différente de la mienne. Je n’ai rien appris de l’enseignement de Léger, mais sa personnalité m’a marqué définitivement en tant qu’artiste et expliquer cela représente pour moi l’introduction la plus naturelle à une exposition de cette partie de l’art moderne qui à eu de l’importance pour moi ».
Une série d’expositions suivit au cours des années soixante à Silkeborg, toutes organisées par Jorn. Il se concentra sur les gravures et les lithographies de ses contemporains. Cela conduisit à des expositions comportant des collections presque complètes de l’oeuvre gravée de Jean Dubuffet (1961 et 1965), Alechinsky (1964), et Matta (1969). Il faut y ajouter plus de cent dessins et aquarelles d’Henri Michaux (1962), des peintures et des dessins de Pierre Wemaëre (1963) et du peintre symboliste danois Johannes Holbek (1965). Jorn envoyait aussi régulièrement ses propres toiles, dessins, céramiques et gravures, et en 1964, à l’occasion du cinquantième anniversaire de ce dernier, le musée organisa une exposition de toutes les oeuvres offertes jusqu’alors par Jorn. En 1968 Jorn fit don de son chef-d’œuvre « Stalingrad » au musée. Plusieurs de ses dons ont toutefois un caractère intime, ce sont souvent des petites toiles, des improvisations et des esquisses. Jorn ne désirait nullement dominer la collection. Il expliqua le but de ces donations dans une lettre adressée au musée en 1961 : « J’aurais pu emprunter plus d’oeuvres intéressantes à Dubuffet et à d’autres. Mais j’ai établi le principe que le musée n’exposera jamais rien d’autre que les oeuvres qui lui appartiennent. Nous avons déjà Louisiana et le Musée moderne de Stockholm qui organisent des expositions dans le but de mettre les gens au courant des tendances nouvelles. Je désire coopérer avec le musée de Silkeborg, car c’est là que je peux faire comprendre au public ce que j’aime et ce que je trouve, pour l’instant, important; non pas parce que je désire être juge en matière d’art et de qualité, mais tout simplement pour montrer ce qu’un groupe particulier et limité estime être important ».
Le musée présente l’art abstrait-spontané depuis ses origines et son évolution. Jorn prend son point de départ dans les compositions de figures du XVIIIe siècle et survole le XIXe pour parvenir aux symbolistes : Redon, Ensor et Kubin. L’expressionnisme allemand est entre autres représenté par Max Beckmann, Corinth, Dix et Nolde. Le symbolisme et l’expressionnisme étaient selon Jorn les bases de l’art abstrait-spontané. Les oeuvres de Man Ray, Jean Arp, Picabia et Max Ernst soulignent l’importance de l’influence surréaliste sur l’art danois. A partir de là, Jorn suit sa propre époque et les groupes artistiques dans lesquels il exerce lui-même une influence : d’abord la peinture danoise avant et durant la guerre, puis les ramifications de cette peinture sur la scène européenne d’après-guerre avec Cobra, et le cercle d’artistes groupés en Italie autour des ateliers de céramique à Albisola durant les années cinquante. Selon Jorn, Wols et Pollock ont marqué, dans cette période, les limites extrêmes du développement de la peinture : dans la donation on trouve presque toutes les gravures de Wols.
Dans les dernières années, Jorn ajouta des oeuvres du peintre cubain Feijoo et une collection de cerfs-volants japonais. Dans cet « art brut » ou dans l’art des « banalités intimes », vu de facon globale, on trouve la dernière perspective qu’il soit parvenu à presenter au musée de Silkeborg.
Troels Andersen
Erik Nyholm: Amusez-vous bien
Lorsqu’en mars 1976, Jean Dubuffet donna son approbation à l’édification d’un mur en céramique de 100 m2, destiné au Musée d’Art de Silkeborg, la réalisation du projet fut aussitot envisagée.
Il ne devait pas, de préférence, être ajourné trop longtemps et il était nécessaire de dépenser le moins possible, tout en réalisant un travail solide.
En raison d’expériences que j’avais déjà faites, je proposai qu’on travaille avec des plaques d’enfournement préfabriqueés et carrées, d’au moins 40 cm. On pouvait y projeter le dessin directement, l’y dessiner, le peindre avec de l’émail et cuire les carreaux (à 1280-1300°) empilés les uns sur les autres et séparés par des trépieds. Ce procédé, réalisé en une seule fois, serait rationnel à tous les points de vue, et le produit fini serait particulièrement résistant.
On n’avait que peu d’information sur la façon dont Dubuffet avait envisagé la réalisation de ce projet (à l’origine destiné à l’université de Nanterre). Il existait des photos en noir et blanc de divers travaux préparatoires et de divers essais, réalisés par les céramistes français qui avaient travaillé pour Dubuffet, qui semblaient être faits de surfaces carrées sans grand effet de relief.
Je partis pour la Norvège afin de voir l’esquisse originale, qui m’impressionna vivement. Elle était peinte selon une technique de peinture grossière en plusieurs couches, qui inspirait à la reproduire en céramique.
L’étude de l’esquisse confirma le plan que j’avais d’exécuter le relief en céramique cuite à haut degré. La surface parfaitement mate de la céramique répondait bien à l’esquisse de Dubuffet et était un matériau que je connaissais bien.
Il y avait dans l’esquisse plusieurs couleurs rouges et une couleur jaune très prononcée et la question était de savoir si ces couleurs ressortiraient à la cuisson à de hautes températures. Dans la plupart des grands travaux en céramique qui exigent des couleurs très prononcées, les émaux de couleur sont cuits à une température inférieure à celle requise pour le carreau, qui a été cuit au préalable. Ces couleurs sont souvent des émaux brillants qui ne s’accorderaient pas avec le motif et, en outre, ils ne feraient que compliquer une méthode de travail volontairement simplifiée.
Avec des «stains» de couleur, de la maison «Ferro», j’effectuai quelques essais d’émaux en rouge en jaune, et je découvris que certains, faits d’un mélange d’émail et de cendres de bois, conservaient leur couleur à 1300°. En ce qui concerne les surfaces striées de rouge, le rose n’était pas l’idéal, mais j’essayai de le contrebalancer avec un bleu outremer particulier dans les rayures bleues. Les surfaces grises et gris-roses étaient les surfaces les plus substantiels de l’esquisse, du sable et de l’argile réfractaire furent là mélangés à l’émail.
Après quelques essais au four, je réalisai une partie du relief, environ 2 m2 - 12 carreaux empilés l’un sur l’autre et séparés par des petits trépieds.
Le résultat fut tel que nous avons pensé qu’il pouvait en tout cas servir de base aux négociations pratiques concernant la réalisation définitive du relief.
Nous partîmes pour Paris avec 100 kg de céramique comme bagage. Comment l’entrevue avec Dubuffet allait se terminer, cela était assez incertain. Durant les travaux préliminaires concernant cet échantillon, j’avais été obligé de prendre certaines libertés vis-avis de l’esquisse originale (qui était toujours accrochée à Oslo). Lorsqu’on doit transformer une esquisse peinte en une céramique dix fois plus grande, il est nécessaire d’interpréter et d’improviser un peu, entre autres pour satisfaire aux exigences techniques.
J’estimais qu’on reconnaissait bien la marque de Dubuffet dans l’échantillon - et Dubuffet fut du même avis. Il me donna carte blanche pour la réalisation du relief et il nous souhaita : « Amusez vous bien! ».
La cuisson d’à peu près 600 carreaux devait avoir lieu dans un atelier plus grand que le mien. Là aussi, nous avons eu de la chance. Deux jeunes céramistes, que je connaissais depuis plusieurs années, Esben Lyngså Madsen et Bent Skytte Rasmussen, construisirent en automne un atelier de céramique à Lund en Jutland, à 20 km du lieu où j’habite. Ils y avaient construit un modèle amélioré de four à gaz qui était très approprié pour une telle opération, et la capacité de leur atelier était idéale.
Jorn réalisa son relief en céramique pour le lycée d’Aarhus en 1959. Il dut aller à l’étranger pour réaliser lui-même ce très grand travail. Dubuffet nous laissa libre de réaliser son grand mur au Danemark, et il nous laissa libre de transposer son esquisse sur un autre matériau. C’était un cadeau -et cela représentait en même temps une provocation pour l’artisanat danois. On accepta la provocation, tout en espérant que le grandeur de Dubuffet dissimulerait les pires de nos erreurs.
Le travail lui-même ne fut entrepris qu’en juin 1977. Il se révéla beaucoup plus épineux que ne l’avaient laissé entrevoir les essais. La projection présentait des irrégularités plus grandes que celles sur lesquelles nous avions escompté et on fut obligé de serrer le dessin d’après l’esquisse - la griffe de Dubuffet devait ressortir dans toute sa puissance et intacte -c’était la condition. Il s’avéra également que les couleurs et les structures des émaux changeaient lorsq’on travaillait sur une superficie de plus que 100 m2. Que fallait-il faire ?
On m’avait donné la liberté de « m’amuser », mais avec la liberté vint la responsabilité et, avec elle, le doute. On devait faire de sérieuses réserves et de ces conditions mêmes, le travail acquit un caractère de grandiose expérience.
Cette expérience prit fin en septembre 1977 et le relief attend maintenant de prendre sa place sur l’édifice qui doit renfermer les collections de Jorn à Silkeborg.
Asger Jorn in Silkeborg
ASGER JORN
in Silkeborg
A Painter’s Museum
Silkeborg Kunstmuseum
Asger Jorn: Origins and Paths of Unity
The art of “Cobra” distinguishes itself from other tendencies of its era by its starting point, which represents a new perspective on abstract art. One could say that it is an abstract art that does not believe in abstraction. The awareness of this new perspective was expressed clearly and precisely in the study “Symboler i abstrakt kunst” by the Danish painter Vilhelm Bjerke Petersen, in which he demonstrated for the first time, in an original way, the symbolic content of abstractions. Thus the idea of abstraction as a pictorial goal was definitively compromised. Where had Bjerke Petersen gotten these ideas? From the former Bauhaus, through which he had passed just before the Nazis destroyed it. In terms of arrangement and layout, the book was a new work in the series of “Bauhausbücher” which contain theories by Mondrian, Van Doesburg, Malevitch, Klee, Kandinsky, and others. In terms of content, the obvious continuation that one could foresee was a new development from the moment when one would have adopted the new Freudian psychology and the results of the Surrealist development in Paris, had the development not been so abruptly halted.
The great artistic development in Denmark, from Bjerke Petersen’s book in 1933 until the end of the war, is thus inseparable from the political event that paralysed cultural life in Germany during the same period. But the new perspective was not established by this book. A long and contradictory development had to take place before all the elements necessary for this perspective were found. Bjerke Petersen was not even aware of the revolutionary originality of his work. He opposed these ideas two years later by joining Breton’s ideas with a new theory called Surrealism. But artists like Richard Mortensen and Ejler Bille, inspired by the initial ideas, refused to revise them and expelled Bjerke Petersen from “Linien,” the artistic group formed on the new basis. This development attracted several new artists in the following years, and a new upheaval was being prepared with the method of spontaneous colourism by Egill Jacobsen. Richard Mortensen’s attachment to abstraction placed him increasingly in opposition to this new tendency, and in 1939 the rupture was inevitable. The “Linien” era was over, a new era of multiple tendencies or lines was beginning around the journal “Helhesten,” while Richard Mortensen participated in the founding of the journal “Aarstiderne,” just as Bjerke Petersen in 1937 had opposed “Linien” with the Surrealist journal “Konkretion.”
With the end of the war, the privileged situation of Danish artists came to an end. Adjustment to the international situation created a new crisis. The language that the Dutch movement “de Stijl” had so evidently imposed on the forms of the former Bauhaus was already thoroughly exhausted in its native country, and it was with an immediate understanding of its upheaval that some Dutch artists came together in the “Reflex” group in 1947, to draw the extreme consequences of the Danish development in relation to their predispositions. It was a new explosion that created new ruptures among the Danes, some joining the new development and founding “Cobra,” others refusing it. The fuse had burned down to the charge, and the explosion took place at the “Cobra” exhibition in Amsterdam in 1948. Personally, I was not directly involved in the preparatory developments in Germany and Denmark. I left my small provincial town in 1936 to go directly to Paris and begin to be an artist. I knew that Kandinsky was there and had imagined that he had a school. But he was not even able to obtain a solo exhibition of his paintings before his death, and so I went to the academy of Fernand Léger, which had the advantage of forcing me to see things in an entirely new way, to adapt to the French perspective. This subsequently left me with the possibility of seeing the entire development set out here with a certain detachment. At least that is what I believe. It is for others to judge.
The former Bauhaus had shown that a new artistic development could have a technical consequence, which was already the basic thesis of Ruskin and Morris. The former Bauhaus had absorbed the artistic results of the “Der blaue Reiter” group and the “De Stijl” group, exploiting them without giving anything back to the artists. It was an exploit that was at the same time almost a liquidation. It is significant that the only painter gifted with a revolutionary effectiveness who had been in direct contact with the former Bauhaus was not a painter, but a photographer who subsequently, in Paris, was to become the painter Wols.
This disastrous development, which clearly reflected earlier and equally unconscious developments regarding the relationship between art and technology, brought out the contour of a definite structure, which imposed the probability of a similar repetition for the new artistic revolution. But this awareness could at the same time serve to find a method capable of avoiding this outcome by establishing a correlation between artistic and technical developments simultaneously. This was facilitated by the fact that the back-and-forth was accelerating in speed, to the point that the reaction was already being prepared simultaneously with the action itself.
This programme had already been proposed and explained in a study on style and ornament that I had published in the architecture journal “Forum,” in Holland, in 1947.
The aim of the activity for an Imaginist Bauhaus, as explained here, was the establishment of this method-tactic, or if one wishes to express it sincerely, technique. By applying a technique to art, even if the goal is anti-technical, one perhaps arrives at a betrayal, or a negation, of free art. But I see no way to escape this necessity. I do not believe that artistic power will succumb in this change of conditions, but I am convinced that if nothing were done, art would cease to exist, and man with it, in the sense in which we have here ultimately accepted the word existence as the expression of a situation.
With the founding of the Experimental Group Reflex, in Holland, in 1948, a movement was formed for the first time in the history of art on a basis whose importance during the war (especially in Denmark) had proven to be paramount: an experimental basis.
H. L. C. Jaffé claims in his book “De Stijl” that the rupture between Mondrian and Van Doesburg was caused by the introduction of the experimental method into the latter’s system in 1923. He cites in this regard a declaration by Van Doesburg, Van Eesteren and Rietveld: “Through our collective work, we have examined architecture as a plastic unity of all the arts and this conclusion must lead to a new style. We have examined the laws of space (..) and we have found that all variations of space can be governed as a balanced unity.” But to examine and to find is empiricism, and their conclusion about the appearance of a new style is directly anti-experimental. Gropius’s refusal to accept this prophecy, on the contrary, is clearly founded on an experimental conception of stylistic development. This does not, however, prevent Van Doesburg’s spiritual dynamism from having been able to lead him to a genuine experimental conception of stylistics, had Gropius offered collaboration on this subject at the former Bauhaus instead of refusing all discussion of this problem. But all developments require time, and the time that has passed since the founding of the “International of Experimental Artists,” of “Cobra,” has not yet made opinion more clearly favourable to a discussion on this subject. At the same time that the “Cobra” group was striving to reach the experimental stage of art, a group and almost an artistic climate was emerging in Paris, especially in the literary and cinematic domain, fully elaborating an experimental semantics, under the name of Lettrism. It is significant that in our era, so avid for the slightest false novelties, this upheaval — which took place by excluding the word art from the vocabulary and replacing it with experimental action — could have passed without anyone ever considering its importance. The behavioural disturbances of Saint-Germain-des-Prés were judged as reckless excesses, without anyone realising that such a fermentation cannot end without something happening.
(Asger Jorn: Pour la forme, Paris 1957, pp. 131-132.)
Asger Jorn: Intimate Banalities
Taste is something you inherit.
The hyena lives a very ugly life.
Johannes Holbek
It is typical of those who have lost touch with what is fundamental in art to have also lost the sense of what is banal. By this I do not mean the ability to see banality, an ability which on the contrary develops in a morbid way. I mean the ability to understand the artistic value of banality, its paramount importance for art. There exists a multitude of anonymous banalities whose relevance extends over centuries and which surpass all the ingenious achievements of our so-called great personalities. Upon closer examination, one realises that the merit of these personalities is precisely their ability to grasp banalities.
The grandiose work of art is the perfect banality. And what most banalities lack is not being sufficiently banal — not being infinite in their depth and their logic — resting upon a dead foundation of spiritualism and aesthetics. What is called the natural is liberated banality, the common or the obvious, without anyone having tried to mark it with the stamp of rarity. It is important to emphasise that the foundation of art rests upon the perpetually common, the easy and the cheap, which in reality turn out to be our dearest and most indispensable possessions.
It is only in Paris that one can find so much bad taste, and that is precisely the reason why it is the place where the inspiration of art still lives.
There is, for example, also a direct symbolic force in the words
Say it
with flowers
which makes this poem one of the pillars of Danish lyric poetry. This poem is like a worn-out boot, of very fine craftsmanship, and in the musical domain, it can only be compared to amateur orchestras that play out of tune.
One of the greatest musical feats of today is being able to play out of tune. Musical renewal is sought in the barrel organ and cheap gramophones, which are its foundation.
My most beautiful musical experience took place in a small provincial town where the locals had suddenly been seized by an absolutely captivating desire to play on little enchanted celluloid flutes. One was as if bewitched by this little instrument that could emit thin, piercing trills, ascending and descending. People played them everywhere in the town, day and night, and only that — ascending and descending trills. Every boy, every girl, the men and the women, and even the venerable old men of the town had, hidden in their pocket, a little Pan flute which they would take out when they thought they were alone, to drink in a few trills of this captivating marvel. Those whose inner fibres had snapped suffered from this noise to which they remained strangers. Letters were sent to the newspapers and speeches were made to fight against the “racket” as it was called — but in vain.
It was only from the moment when influential inhabitants of the town got the police to intervene against those who were spreading disorder, to ban the sale of the flutes and to arrest all those found in possession of the notorious little celluloid apparatus, that the great anxiety, once more, very slowly, took hold again of the population of the small town. One could then return to the normal depressions so precious for the calm and serenity of society.
I have many witnesses who could vouch for the truthfulness of this event, but as far as I know, no one has yet examined its causes.
Jens August Schade seems to me to be the only Danish poet who truly grasps the elementary values created and exploited by man in banality. The only one who, in a consistent manner, founds his art on this vital substance and who manages to liberate it so well that his poetry continues to grow while renewing itself from within through repeated use — like the tales of Hans Christian Andersen.
Those who try to fight against the production of beautiful, daubed, polished paintings are the enemies of the best art today. Those lakes in the forests and those bellowing stags in a thousand living rooms hung with brown wallpaper with gold trim represent one of the deepest sources of artistic inspiration, and it is always a bit tiring to see people toiling to saw off the branch on which they are sitting.
The children who love picture cards and who paste them in books bearing the inscription
ALBUM
give more hope to artists than do various art critics and museum directors. One hears many schoolteachers complain about the fact that children, when they reach the age of twelve, stop making beautiful drawings. They should on the contrary rejoice in this development, for it is a condition of man’s coming to awareness. I wanted to try to present the cheap things that nourish art. The cheap things are the things of the lowest country which has been described by Gustaf Munch-Petersen, and I do not wish to refrain from reproducing this poem as it is:
oh the immense happiness
the immense happiness that those have had
who were born in the lowest country —
everywhere you see them
who walk
who love each other
who weep
they are everywhere
but
in their hands
they carry the little things
that come from the lowest country —
— — —
oh greater than all countries
more exquisite than all
is the lowest country —
in the heights
the earth transforms itself into a lance —
and below
the heavy and living blood
sinks and penetrates
into the lowest country
— — —
small cautious feet
slender limbs
and the air is pure
on the ascending paths —
among those who were born under the sky
in closed arteries
burns the longing —
oh you should
you should go to the lowest country — !
oh you should
you should see the people
of the lowest country
where the blood flows between all —
men —
women —
children —
where joy and despair and love
heavy and ripe
cast their multicoloured fires upon the earth —
oh earth that is as secret as a brow
in the lowest country —
— — —
everywhere you see them
who walk
who love each other
who weep —
their faces are closed
and on the inner side of their soul
there is earth
earth from the lowest country
If one tries to understand the situation of art today, one must also try to understand the conditions that have determined the evolution of our intuition of art and our notion of its relationship to man and to society. The artist actively participates in the struggle to deepen this knowledge that is ours of our vital foundation, the foundation that for him makes artistic creation possible. The artist’s zone of interest cannot, however, be limited to this domain alone; he must seek the ultimate awareness of the whole and of its details. Nothing is sacred to him, for everything has become important to him.
It can in no way be a matter of a choice but rather of penetrating into the entire cosmic system of laws that govern the rhythms, the energies and the substance that make up the reality of the world, and this from the ugliest to the most beautiful, everything that has character and expression, whether the coarsest and the most brutal or the finest and the most tender, everything that speaks to us because it is life itself. And to express everything one must know everything.
The aesthetic principle is abolished. We are not disillusioned because we have no illusions. We have never had any.
What we possess, and what represents our strength, is that life fills us with joy, that life in all its amoral aspects awakens our interest. And this too is what represents the foundation of art today. We do not even know the laws of aesthetics, and this old idea that one has of choosing according to a principle of the Beautiful and the Ugly, as being what is noble or unworthy on the ethical plane, is dead for us, we for whom the Beautiful is ugly too and for whom everything that is ugly also possesses Beauty.
Behind comedy and tragedy, we find only the dramas of life which bind one to the other, not noble heroes and perfidious villains but simply men.
We know that whoever reads detective stories is reading something about himself. There are no beautiful dances and beautiful gestures, only expression exists, and what is called beautiful is merely the expression of something. Our music is not unaesthetic because it has nothing to do with the notion of aesthetics. We do not recognise the existence of architecture. There are only houses and sculptures. Machines for living and enormous sculpture. The Cathedral of Cologne is nothing but an empty magical sculpture whose purpose is purely psychological — whereas a glass of beer, that is architecture.
There do not exist different styles and they have never existed. Style is the expression of a bourgeois content and what one calls taste is its various shades.
The absolute distinction between sculpture and painting does not exist. No artistic expression can be isolated on the basis of its form, for it is solely a matter of different means that are employed toward a common artistic goal. Sandpaper and cotton wool are means of expression every bit as noble and every bit as usable as oil paint and marble. These are lines of orientation aimed at settling the account with the bourgeois conception of art.
It is banal to want to be done with idealism as a philosophy, but this also touches upon something central in art, namely its vital content itself.
What must be understood is that it is impossible to distinguish between the form of a painting and its content. The structure of the flower is given to it by its inner tension (it wilts when it loses its sap), and the same is true for art. It is the content that creates its tension. Form and content are of an identical nature. Form is the vital phenomenon and content is the living picture.
The content of the painting reflects what the painter contains. It reveals what he has been able to sense of himself and of his time, what he has been able to apprehend through the mind and the heart. It reveals the depth of his experience.
We cannot inherit from the preceding generation either a conception of life or a conception of art that is unchanging or constant. Artistic expression changes with the epochs, just as our experiences do, and a new experience creates a new form.
We are willing to learn everything that preceding generations can teach us, but we are the masters of deciding our needs ourselves. No one can make the choice for us. It is not our duty to receive the legacy of the preceding generation and to shape it according to their desire. It is on the contrary their duty to help us where we need help.
The problem that is treated here tentatively is of such an intimate nature that every man is concerned. No one can strip it of his individuality. The spectator does not exist and cannot exist today.
(“Helhesten,” I, 2, Copenhagen 1941, pp. 33-38. Translated by Hanne Martinet.)
Troels Andersen: The Collections of Asger Jorn in Silkeborg
The collections of Asger Jorn at the Silkeborg Museum of Art date back to 1953. He was working at that time in a small ceramics workshop in the village of Sorring near Silkeborg. The museum had paid the ceramics workshop a modest sum for covering Jorn’s expenses and obtained in exchange the right to select a certain number of works when they were completed. On the occasion of this purchase, Jorn gave some drawings, etchings and lithographs. He then promised that in the future he would donate his own works to the museum and that he would also hand over the gifts given to him by his friends.
In 1958, Jorn began systematically collecting the works of his contemporaries in Europe and of artists whose work represented a source of inspiration for him. Towards the end of that year the exhibition “New International Art” opened, with about a hundred works. In his introduction, Jorn expressed some of the ideas he had concerning these collections, whose expansion and choice of subjects are unique in Europe. He was not seeking to create “a general survey of the most modern art, nor a collection of precious masterpieces, but for the most part inexpensive graphic works, and only a few rare works are among the foremost. This small collection is intended rather as a provocation than as an expression of my gratitude towards Danish artistic life. How and why is a question to which each person interested in art in Scandinavia must answer for themselves.
The pieces in a museum are souvenirs, and in my opinion, these belong to my era. Time will tell whether they are something other, and more, than souvenirs. It was Frederik Dam who gave me my first, indelible impression of grandeur in modern Danish art. There I saw my universe. That was in Silkeborg in 1933. (-) For as long as he lived, he was my art dealer. It was he who, in 1938, organised my first exhibition, together with the French painter Pierre Wemaëre.
During one of my many financial crises, he took charge of the Fernand Léger canvases, exhibited here, which my master had given me. Léger had given me some gouaches that I intended to reproduce in “Politikens Magasin,” accompanied by a description of the work carried out for Léger’s large canvas “Le transport des Forces,” intended for the Palais de la Découverte for the International Exhibition of 1937. They were never reproduced and it proved impossible to sell them despite the warmest recommendations from Lundstrøm and Poul Henningsen. Later they disappeared.
The canvases that Dam had taken charge of were not intended for reproduction. They were not even signed because Léger did not like them. He gave them to me one day when I had nothing to paint on and he himself was apparently penniless. Back home, I was unable to use them as canvas. I found them too good.
It was Léger, incidentally, who gave me Franz Kafka’s novel “The Castle” and that is how I discovered this great literary work, which would not exist today if Kafka’s friend, Max Brod, had followed his instructions and burned the manuscripts. It is difficult to find two ways of understanding art that are as far apart from each other as that of Fernand Léger and that which characterised pupils like Pierre Wemaëre and myself. What Léger despised and fought against through his canvases — the tonality of colours, the purity of the material, and the personal character of the brushstroke, everything that he detested like the plague and eliminated whenever he could — all of this was the basis of my artistic form. Is it so strange that what I love most in Léger’s canvases is what he himself did not like? Many connoisseurs share my opinion, incidentally. But perhaps it is a sign of the times. For Léger, the act of painting a canvas represented a mechanical process that could perfectly well be executed by a disciple, provided, of course, that he was very disciplined. But when my own needs exceeded the framework of training, he relentlessly heaped abuse upon me. This classic use of disciples fitted perfectly with his conception of an artist’s social work. Although anti-religious, he had to carry out good works for the church. I have gradually acquired the deepest respect for his artistic conduct, even though it is different from my own. I learned nothing from Léger’s teaching, but his personality marked me definitively as an artist, and to explain this represents for me the most natural introduction to an exhibition of that part of modern art which has been important to me.”
A series of exhibitions followed during the 1960s in Silkeborg, all organised by Jorn. He concentrated on the engravings and lithographs of his contemporaries. This led to exhibitions comprising almost complete collections of the engraved work of Jean Dubuffet (1961 and 1965), Alechinsky (1964), and Matta (1969). To these must be added more than a hundred drawings and watercolours by Henri Michaux (1962), paintings and drawings by Pierre Wemaëre (1963) and the Danish Symbolist painter Johannes Holbek (1965). Jorn also regularly sent his own canvases, drawings, ceramics and engravings, and in 1964, on the occasion of the latter’s fiftieth anniversary, the museum organised an exhibition of all the works donated by Jorn up to that point. In 1968, Jorn donated his masterpiece “Stalingrad” to the museum. Several of his gifts have, however, an intimate character; they are often small canvases, improvisations and sketches. Jorn by no means wished to dominate the collection. He explained the purpose of these donations in a letter addressed to the museum in 1961: “I could have borrowed more interesting works from Dubuffet and others. But I have established the principle that the museum will never exhibit anything other than the works it owns. We already have Louisiana and the Modern Museum in Stockholm which organise exhibitions with the aim of keeping people informed of new tendencies. I wish to cooperate with the museum of Silkeborg, because that is where I can make the public understand what I love and what I find, for the moment, important; not because I wish to be a judge in matters of art and quality, but simply to show what a particular and limited group considers to be important.”
The museum presents spontaneous-abstract art from its origins and its evolution. Jorn takes his starting point in the figure compositions of the 18th century and sweeps over the 19th to arrive at the Symbolists: Redon, Ensor and Kubin. German Expressionism is represented by, among others, Max Beckmann, Corinth, Dix and Nolde. Symbolism and Expressionism were, according to Jorn, the foundations of spontaneous-abstract art. The works of Man Ray, Jean Arp, Picabia and Max Ernst underline the importance of the Surrealist influence on Danish art. From there, Jorn follows his own era and the artistic groups in which he himself exerts an influence: first Danish painting before and during the war, then the ramifications of this painting on the post-war European scene with Cobra, and the circle of artists gathered in Italy around the ceramics workshops in Albisola during the 1950s. According to Jorn, Wols and Pollock marked, during this period, the extreme limits of the development of painting: the donation includes almost all of Wols’s engravings.
In the last years, Jorn added works by the Cuban painter Feijoo and a collection of Japanese kites. In this “art brut” or in the art of “intimate banalities,” seen as a whole, one finds the last perspective that he managed to present to the museum of Silkeborg.
Troels Andersen
Erik Nyholm: Have Fun
When in March 1976 Jean Dubuffet gave his approval for the construction of a 100 m² ceramic wall, intended for the Silkeborg Museum of Art, the realisation of the project was immediately envisaged.
It was preferably not to be postponed too long, and it was necessary to spend as little as possible, while still carrying out solid work.
On the basis of experience I had already gained, I proposed that we work with prefabricated square kiln shelves of at least 40 cm. The design could be projected directly onto them, drawn on them, painted with enamel, and the tiles fired (at 1280–1300°) stacked on top of one another and separated by trivets. This process, carried out in a single firing, would be efficient in every respect, and the finished product would be particularly durable.
There was little information about how Dubuffet had envisaged the realisation of this project (originally intended for the University of Nanterre). There were black-and-white photographs of various preparatory works and various tests, carried out by the French ceramicists who had worked for Dubuffet, which appeared to be made of square surfaces without much relief effect.
I left for Norway to see the original sketch, which made a vivid impression on me. It was painted in a coarse painting technique in several layers, which inspired one to reproduce it in ceramics.
The study of the sketch confirmed the plan I had of executing the relief in high-fired ceramics. The perfectly matte surface of the ceramic responded well to Dubuffet’s sketch and was a material I knew well.
There were several red colours and a very pronounced yellow in the sketch, and the question was whether these colours would survive firing at high temperatures. In most large ceramic works that require very pronounced colours, the colour enamels are fired at a temperature lower than that required for the tile, which has been fired beforehand. These colours are often glossy enamels that would not harmonise with the motif and, moreover, would only complicate a deliberately simplified working method.
With colour “stains” from the firm “Ferro,” I carried out some tests of enamels in red and yellow, and I discovered that some, made from a mixture of enamel and wood ash, retained their colour at 1300°. As far as the red-striped surfaces were concerned, the pink was not ideal, but I tried to counterbalance it with a particular ultramarine blue in the blue stripes. The grey and grey-pink surfaces were the most substantial surfaces of the sketch; sand and refractory clay were mixed into the enamel there.
After some kiln tests, I produced a part of the relief, approximately 2 m² — 12 tiles stacked on top of one another and separated by small trivets.
The result was such that we thought it could at least serve as a basis for the practical negotiations concerning the final realisation of the relief.
We left for Paris with 100 kg of ceramics as luggage. How the meeting with Dubuffet would end was quite uncertain. During the preliminary work on this sample, I had been obliged to take certain liberties with the original sketch (which was still hanging in Oslo). When one must transform a painted sketch into a ceramic piece ten times larger, it is necessary to interpret and improvise somewhat, among other things to meet technical requirements.
I felt that Dubuffet’s mark was clearly recognisable in the sample — and Dubuffet was of the same opinion. He gave me carte blanche for the realisation of the relief and wished us: “Have fun!”
The firing of approximately 600 tiles had to take place in a workshop larger than my own. There too, we were fortunate. Two young ceramicists, whom I had known for several years, Esben Lyngså Madsen and Bent Skytte Rasmussen, built a ceramics workshop in Lund in Jutland in the autumn, 20 km from where I live. They had built an improved model of gas kiln that was very suitable for such an operation, and the capacity of their workshop was ideal.
Jorn produced his ceramic relief for the secondary school in Aarhus in 1959. He had to go abroad to carry out this very large work himself. Dubuffet left us free to produce his large wall in Denmark, and he left us free to transpose his sketch onto a different material. It was a gift — and at the same time it represented a provocation for Danish craftsmanship. The provocation was accepted, in the hope that Dubuffet’s greatness would conceal the worst of our mistakes.
The work itself was not undertaken until June 1977. It proved to be far more thorny than the tests had suggested. The projection presented greater irregularities than we had anticipated, and we were obliged to tighten the drawing according to the sketch — Dubuffet’s touch had to come through in all its power and intact — that was the condition. It also turned out that the colours and textures of the enamels changed when working on an area of more than 100 m². What was to be done?
I had been given the freedom to “have fun,” but with freedom came responsibility and, with it, doubt. Serious reservations had to be made, and from these very conditions, the work took on the character of a grand experiment.
This experiment came to an end in September 1977, and the relief now awaits taking its place on the building that is to house Jorn’s collections in Silkeborg.